Angleterre: pourquoi Thomas Tuchel ne doit pas être sacrifié après la demi-finale perdue


Angleterre: pourquoi Thomas Tuchel ne doit pas être sacrifié après la demi-finale perdue

Thomas Tuchel se retrouve déjà au centre de la tempête en Angleterre. Battus par l’Argentine en demi-finale de la Coupe du monde après avoir mené à la 85e minute, les Three Lions ont laissé filer un match qu’ils tenaient presque. Le scénario est cruel, la gestion de fin de rencontre interroge, mais l’idée d’un limogeage immédiat ressemble davantage à une réaction à chaud qu’à une vraie solution.

À Atlanta, l’Angleterre a longtemps cru toucher la finale. Anthony Gordon avait ouvert le score à la 55e minute, avant l’égalisation d’Enzo Fernandez une demi-heure plus tard. Puis l’Argentine, portée par sa maîtrise et par un Lionel Messi décisif dans les derniers instants, a retourné la rencontre au bout du temps additionnel. Le revers fait mal, d’autant plus qu’il a exposé une faille ancienne du football anglais: cette tendance à reculer au moment de conclure.

Thomas Tuchel a commis des erreurs, mais le mal anglais est plus ancien

Le procès fait à Thomas Tuchel repose sur des éléments très concrets. Dans les vingt dernières minutes, le sélectionneur a renforcé son bloc avec les entrées d’Ezri Konsa, Dan Burn et Nico O’Reilly, pendant qu’Anthony Gordon, Declan Rice et Reece James sortaient. Sur le moment, le message a semblé limpide: protéger l’avantage plutôt que continuer à jouer.

Le problème, c’est que l’Angleterre avait déjà commencé à s’enfoncer. Après l’ouverture du score, elle n’a eu que 12 % de possession jusqu’à l’égalisation argentine. Plus frappant encore, elle n’a réussi que deux passes en 18 minutes avant le but d’Enzo Fernandez, toutes deux entre Jordan Pickford et John Stones. Ce chiffre dit tout d’un collectif qui ne parvenait plus à sortir, ni même à respirer.

Tuchel porte sa part de responsabilité. Ses changements ont accentué un mouvement de recul déjà visible. Pourtant, réduire cette élimination à une simple erreur de coaching serait trop facile. Ce qui a sauté aux yeux, c’est surtout une équipe qui, une fois devant, s’est comportée comme si elle n’avait plus le droit de jouer. Comme si le poids du contexte, de l’adversaire et de l’histoire avait soudain repris toute la place.

Le message de Thomas Tuchel n’était pas de défendre à tout prix

Après la rencontre, Thomas Tuchel a livré une lecture assez claire de l’effondrement. Selon lui, l’Argentine n’avait plus rien à perdre, alors que son équipe s’est mise à jouer comme si elle avait tout à perdre. Le technicien allemand a reconnu la responsabilité de ses remplacements, mais il a aussi insisté sur un point essentiel: le repli avait commencé bien avant eux.

Harry Kane a confirmé cette idée. Le capitaine anglais a expliqué que le mot d’ordre, après le 1-0, était de repartir à l’attaque et d’aller chercher un deuxième but. Marc Guehi a tenu un discours proche, en regrettant que l’équipe ait instinctivement adopté une posture défensive juste après avoir marqué. Autrement dit, il n’y a pas eu de consigne assumée pour verrouiller à outrance; il y a eu un réflexe collectif, presque conditionné.

C’est là que le débat devient plus profond. Tuchel n’a pas inventé cette fébrilité. Il l’a mal gérée, oui, mais il l’a aussi héritée. Face à l’Argentine, l’Angleterre a semblé prisonnière d’un complexe d’infériorité alors même qu’elle avait les armes pour imposer autre chose. En seconde période, les champions du monde ont joué avec liberté. Les Anglais, eux, ont joué avec peur.

Pourquoi l’Angleterre ne réglera pas tout en changeant encore de sélectionneur

Thomas Tuchel n’a pris ses fonctions qu’en janvier 2025. Sa mission était immense: transformer en quelques rassemblements seulement le finaliste de l’Euro 2024 en champion du monde. Sur le papier, l’ambition était séduisante. Dans la réalité, le délai paraissait très court pour corriger des blocages mentaux aussi enracinés.

L’histoire récente de l’Angleterre nourrit d’ailleurs ce constat. La sélection a souvent mené dans des matches à élimination directe avant de finir éliminée. Cette difficulté à assumer un avantage ne date pas d’hier. Elle traverse les générations, les sélectionneurs et les compétitions. Penser qu’un changement brutal de banc effacerait ce passif en quelques semaines relèverait de l’illusion.

Dès lors, l’Euro 2028, organisé à domicile par l’Angleterre, le pays de Galles, l’Écosse et l’Irlande, apparaît comme l’horizon le plus logique. D’ici là, Tuchel peut encore installer une vraie culture de la maîtrise, faire grandir ce groupe et lui donner la conviction qui lui a manqué en demi-finale. C’est aussi ce qu’attendent les dirigeants de la fédération, qui continuent de le soutenir après cette sortie frustrante. Pour le suivi officiel des compétitions internationales, la FIFA reste la référence.

Thomas Tuchel a encore du crédit, sauf si l’Angleterre vise Guardiola

Le contexte reste néanmoins particulier. L’élimination a ravivé les appels au changement, et un nom revient déjà avec insistance: Pep Guardiola. Libre après son départ de Manchester City à la fin de la saison, le technicien catalan coche évidemment toutes les cases du candidat de rêve. Son attachement au football anglais et son empreinte sur la Premier League nourrissent naturellement les spéculations.

Si la fédération anglaise décidait de rompre avec Thomas Tuchel, il serait difficile d’imaginer une alternative plus prestigieuse. En dehors d’un profil de cette dimension, changer aujourd’hui ressemblerait surtout à un geste d’humeur. Tuchel demeure, malgré cette faute tactique, l’un des entraîneurs les plus reconnus du circuit. Et son projet avec l’Angleterre reste jeune.

Ce soutien institutionnel n’a rien d’anodin. Le technicien allemand a prolongé de deux ans en février, après un premier contrat qui courait jusqu’à la fin de la Coupe du monde 2026. Sauf retournement, il doit donc conduire les Three Lions jusqu’à l’Euro 2028. Là, en revanche, l’exigence sera totale. Sur leurs terres, les Anglais ne viseront rien d’autre que le titre.

La demi-finale perdue doit devenir un point de départ pour Thomas Tuchel

Le plus important, pour l’Angleterre, est sans doute d’éviter que cette demi-finale devienne une cicatrice de plus. Tuchel lui-même a assuré qu’il poursuivrait sa mission jusqu’à l’Euro à domicile. À chaud, il a rappelé qu’une demi-finale mondiale reste un parcours solide, même si personne n’a envie de s’en contenter dans un vestiaire aussi ambitieux.

Le défi est désormais limpide. Pendant les deux prochaines années, Thomas Tuchel devra corriger moins un système qu’un réflexe. Son équipe devra apprendre à rester haute quand elle mène, à garder le ballon sous pression, et surtout à se comporter comme une nation qui appartient durablement au sommet.

La défaite contre l’Argentine n’efface pas tout. Elle met plutôt en lumière ce qui manque encore. L’Angleterre n’a probablement pas besoin d’un nouveau grand ménage; elle a besoin de transformer cette douleur en progrès. Et si ce travail doit être jugé, ce sera bien plus justement en 2028 qu’au lendemain d’une nuit d’Atlanta aussi brutale qu’instructive.

auteur

Kouadio Yao

Kouadio Yao a fondé Bookmakers225.ci. Début de carrière en 2015. Journaliste indépendant à Abidjan. Plusieurs publications sportives. Pigiste. De 2017 à 2020, rédacteur en chef dans un quotidien. Trois ans de rythme quotidien. En 2024, lancement de son propre site.…

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