Le Maroc, miroir tactique d’une Côte d’Ivoire encore en quête d’identité


Le Maroc, miroir tactique d’une Côte d’Ivoire encore en quête d’identité

Le modèle marocain doit servir de repère à la Côte d’Ivoire. Depuis la Coupe du monde 2022, les Lions de l’Atlas ne séduisent pas seulement par leurs résultats, mais par la cohérence de leur football. Leur progression raconte une vérité simple: au plus haut niveau, le talent ne suffit pas. Il faut une idée claire, des principes stables et une équipe capable de rester fidèle à elle-même même dans les moments de tension.

Le Maroc a construit une signature reconnaissable. Son bloc est compact, ses transitions sont tranchantes, et son comportement mental impressionne autant que son organisation. Cette sélection sait souffrir sans se désunir. Elle accepte les temps faibles, les absorbe, puis frappe au bon moment. C’est souvent là que se fait la différence entre une bonne équipe et une grande sélection.

Face au Canada, ce trait est apparu avec netteté. Tout n’a pas été parfait d’entrée, mais le Maroc n’a pas paniqué. Il a laissé passer l’orage, attendu son instant, puis repris la main avec calme. Ce type de maîtrise émotionnelle ne s’improvise pas. Il naît d’un travail de fond, d’automatismes répétés et d’une conviction collective installée sur la durée.

Pourquoi le modèle marocain doit inspirer les Éléphants

La Côte d’Ivoire, elle, donne encore trop souvent l’impression d’avancer par à-coups. Une fois, l’équipe s’en remet à l’inspiration d’un joueur. Une autre fois, elle espère qu’un talent individuel débloquera la situation. Nicolas Pépé aujourd’hui, Amad Diallo demain: cette dépendance aux états de forme individuels empêche l’émergence d’un cadre durable.

Or une sélection ambitieuse ne peut pas vivre au gré des humeurs ou des fulgurances. Elle doit savoir quoi faire avec le ballon, sans le ballon, et au moment de basculer d’une phase à l’autre. C’est précisément ce qui manque encore trop souvent aux Éléphants: une ligne directrice lisible, répétée à l’entraînement et visible en match.

Le cap à franchir est donc moins une affaire de noms qu’une question de structure. Il faut un technicien capable d’imposer des comportements précis en attaque, en défense et en transition. Pas seulement un sélectionneur qui rassemble, mais un bâtisseur qui fixe des repères. Sans cela, la Côte d’Ivoire restera une équipe riche en potentiel, mais irrégulière dans son expression.

Une identité de jeu ivoirienne reste à bâtir

Toutes les grandes sélections laissent une empreinte. L’Espagne a marqué son époque avec un jeu au sol fait de possession, de passes courtes et de maîtrise du tempo. Cette philosophie, mondialement reconnue, n’était pas qu’un style esthétique. Elle reposait sur une discipline collective totale, au point de faire dérailler les plans adverses par la seule circulation du ballon.

Les équipes qui s’installent durablement dans le très haut niveau possèdent presque toujours cette clarté. On sait ce qu’elles veulent, on voit comment elles le cherchent, et l’adversaire comprend vite qu’il ne jouera pas un match neutre. C’est cette force-là que la Côte d’Ivoire doit retrouver: une personnalité footballistique qui dépasse les individualités.

L’histoire du football africain offre d’ailleurs d’autres exemples. Le Cameroun a longtemps imposé une forme de puissance très singulière. Robustesse, discipline défensive, densité athlétique et capacité à enfermer l’adversaire dans un rythme étouffant: cette recette a fait sa réputation pendant des décennies. Un football parfois difficile à définir, mais redoutablement efficace.

Du “Hemlé” camerounais au style ivoirien recherché

Cette identité camerounaise, que Rigobert Song associe au “Hemlé”, allait au-delà du simple schéma tactique. Il y avait une dimension mentale, presque culturelle: une bravoure constante, une agressivité maîtrisée, un refus de céder. L’adversaire avait souvent le sentiment d’être pris dans un piège progressif, dans un match qui se refermait lentement sur lui.

La Côte d’Ivoire n’a pas vocation à copier ce modèle à l’identique. Son histoire, son vivier et sa sensibilité technique l’orientent vers autre chose. Le football ivoirien évoque davantage un jeu de possession porté vers l’avant, nourri de passes courtes et d’initiatives créatives. Une expression plus fluide, plus joueuse, mais qui doit désormais gagner en rigueur.

L’ambition avancée est claire: construire une identité située entre la maîtrise espagnole et l’élan du “Joga Bonito” brésilien. L’idée n’est pas absurde. Elle correspond à une certaine tradition ivoirienne, à ce goût pour le ballon bien utilisé, pour le mouvement et pour l’initiative offensive. Encore faut-il transformer cette intuition en projet de jeu réel.

Le modèle marocain et l’urgence d’une vraie direction technique

C’est là que le modèle marocain redevient central. Le Maroc n’a pas seulement empilé des performances. Il a validé un cadre. Son exemple rappelle qu’une sélection progresse quand elle sait exactement qui elle est. La Côte d’Ivoire doit donc cesser de bricoler d’un rassemblement à l’autre et installer une continuité, du travail de terrain jusqu’aux choix tactiques.

Le chantier dépasse le seul onze de départ. Il touche à la direction technique, à la formation des habitudes de jeu et à la transmission d’une idée commune. Tant qu’il n’existera pas une colonne vertébrale claire, chaque match risquera de repartir de zéro. Et dans le football international moderne, repartir de zéro coûte cher.

Il y a pourtant une base sur laquelle bâtir. Le pays dispose d’une culture footballistique forte et d’un imaginaire de jeu identifiable. Encore faut-il l’ordonner, le discipliner et le projeter dans le présent. En cela, l’exemple marocain, observé dans les grandes compétitions reconnues par la FIFA, vaut bien plus qu’un simple sujet d’admiration: il trace une méthode.

Pour les Éléphants, l’urgence n’est pas de chercher un sauveur. Elle est de se donner une identité. Le jour où la Côte d’Ivoire saura défendre, attaquer et transiter avec la même logique, elle changera de dimension. C’est à ce prix qu’une sélection cesse d’être seulement prometteuse pour devenir, enfin, redoutée.

auteur

Frank Zadi

Frank Zadi est originaire de San Pedro. En 2016, il était correspondant local. Il a ensuite collaboré avec des journaux nationaux en tant que pigiste. Il a travaillé dans une station de radio locale à Abidjan. Il travaille pour Bookmakers225.ci…

vous aimerez aussi