La FIFA expose une loyauté sans principes au sommet du football africain


L’unanimité des 54 fédérations africaines derrière Gianni Infantino n’a rien d’un détail procédural. Elle dit quelque chose de plus profond sur la gouvernance du football, sur la place du dissentiment dans les institutions et sur la manière dont certains dirigeants confondent fidélité personnelle et responsabilité publique.

Le malaise tient aussi à celui qui incarne ce ralliement: Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football, qui avait déjà dû s’excuser en 2020 après avoir assuré à Donald Trump qu’“l’Afrique” l’aimait. Son mea culpa d’alors semblait poser une règle simple: nul ne parle au nom d’un continent. Cette prudence a manifestement eu une durée de vie limitée.

Quand l’unanimité devient un symptôme

Dans une communauté politique ou institutionnelle normale, l’accord parfait est rare. Il existe des intérêts divergents, des lectures différentes des faits, des désaccords sur les priorités. Voir 54 associations nationales soutenir d’un seul bloc un président de la FIFA contesté ailleurs ne prouve pas à lui seul une irrégularité. En revanche, cela révèle une culture où l’alignement compte davantage que l’examen critique.

Le problème n’est pas seulement électoral. Il est organique. La FIFA distribue des ressources importantes aux fédérations nationales, fixe l’accès aux compétitions, structure les carrières administratives et façonne les rapports de dépendance. Dans un tel système, le vocabulaire de la “solidarité” et du “partenariat” peut facilement masquer une réalité plus simple: ceux qui dépendent du centre hésitent à contrarier le centre.

La défense par l’amitié, ou l’échec de la gouvernance

Motsepe justifie son soutien par la “loyauté” d’Infantino envers l’Afrique et par une éthique personnelle selon laquelle on ne trahit pas un ami fidèle. C’est précisément le langage qu’une institution sérieuse devrait éviter. La CAF n’est pas un cercle familial, et la présidence de la FIFA n’est pas une récompense remise à l’allié le plus constant. La seule question pertinente est celle de la loyauté envers des principes: indépendance disciplinaire, cohérence morale, égalité de traitement entre fédérations et protection de l’intégrité du jeu.

Sous cet angle, plusieurs épisodes fragilisent le bilan d’Infantino. Son rapport flatteur à Donald Trump, jusqu’à l’attribution d’un prix de la paix estampillé FIFA, interroge déjà le jugement politique. Les controverses sur l’indépendance des procédures disciplinaires, la faiblesse de l’organisation face au refus d’entrée sur le territoire américain opposé à l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, ou encore la différence de rythme entre la sanction rapide de la Russie et l’extrême lenteur observée sur le dossier israélo-palestinien nourrissent la même impression: la fermeté varie selon le rapport de force.

Une critique du pouvoir africain, pas du seul football

L’affaire dépasse le cas Infantino. Elle met en cause une fraction des élites administratives africaines, très promptes à invoquer la dignité, la souveraineté et l’héritage anticolonial dans les discours, mais souvent beaucoup moins courageuses lorsqu’il s’agit de tenir tête à des centres de pouvoir internationaux. Les habits ont changé; le réflexe de subordination, lui, survit remarquablement bien.

Le football, parce qu’il mêle prestige, argent, accès politique et reconnaissance mondiale, rend ce phénomène particulièrement visible. Les fédérations ne gèrent pas seulement un sport. Elles administrent un bien public culturel, affectif et parfois diplomatique. Lorsqu’elles se comportent en clientèle plutôt qu’en contre-pouvoir, elles affaiblissent à la fois leurs institutions et les sociétés qu’elles prétendent représenter. Pour les parieurs, cette réalité se lit aussi dans la manière dont les compétitions sont organisées et valorisées, comme on le voit à travers des affiches telles que Peñarol – Montevideo Wanderers.

L’Afrique du Sud offre un cas d’école

Le soutien sud-africain à Infantino illustre cette dérive de façon presque caricaturale. La SAFA ne s’est pas contentée d’appuyer sa candidature: elle a annoncé un soutien exclusif avant même l’émergence d’éventuels concurrents. Ce n’est pas une délibération. C’est une allégeance anticipée, une manière de vider l’élection de sa substance avant son ouverture réelle.

Le symbole est d’autant plus lourd que Danny Jordaan, à la tête de la fédération sud-africaine, conteste devant la justice des accusations de fraude et de vol liées à l’usage de fonds de la SAFA à des fins personnelles. La présomption d’innocence s’impose. Mais une institution confrontée à de telles questions de gouvernance aurait pu choisir la retenue. Elle a préféré l’enthousiasme inconditionnel pour un président de la FIFA lui-même entouré de controverses. Dans ce contexte, le rôle des opérateurs de paris comme Betway Côte d’Ivoire devient aussi un révélateur des rapports de force économiques autour du football.

Au fond, le sujet n’est pas la richesse de Motsepe ni son entregent. C’est son instinct devant le pouvoir. Face à Trump, il y eut la flatterie. Face à Infantino, la fidélité. Face à une architecture de dépendance financière et politique, l’unanimité. Certaines excuses révèlent un regret sincère. D’autres expirent dès qu’elles rencontrent l’intérêt. Cette tension entre pouvoir sportif et responsabilité se retrouve ailleurs, comme lorsque la CAF lance une Ligue des champions plus ouverte, officiellement au nom de l’équité mais aussi sous la pression des enjeux financiers et politiques.

auteur

Frank Zadi

Frank Zadi est originaire de San Pedro. En 2016, il était correspondant local. Il a ensuite collaboré avec des journaux nationaux en tant que pigiste. Il a travaillé dans une station de radio locale à Abidjan. Il travaille pour Bookmakers225.ci…

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