Quelques matchs suffisent parfois à bouleverser les certitudes. Alors que la Turquie, grande favorite aux yeux de nombreux observateurs, quitte déjà la compétition avec zéro point, les États-Unis – co-organisateurs du tournoi et longtemps considérés comme de simples figurants – imposent leur jeu et alimentent des débats inattendus dans les studios des grandes chaînes sportives. Après deux tours, la Coupe du Monde redistribue les cartes.
La Turquie, talent gâché et élimination prématurée
La déception turque est sans doute la plus cinglante du premier tour. Portée par une génération de joueurs évoluant dans les meilleurs clubs européens, la sélection turque était régulièrement citée parmi les équipes capables de créer la surprise. Il n’en a rien été. Deux défaites, aucun but marqué suffisant pour survivre, une élimination partagée avec Haïti au rang des équipes déjà rentrées chez elles. C’est le fossé classique entre le potentiel individuel et la cohésion collective qui semble avoir eu raison d’elles. Le talent ne se somme pas : il se conjugue, et cette Turquie n’a pas réussi à le conjuguer au bon moment.
Les États-Unis, de la courtoisie diplomatique aux vraies ambitions
Personne, ou presque, n’avait inscrit les États-Unis dans la catégorie des outsiders sérieux. Gary Lineker résume avec une franchise désarmante l’opinion dominante des consultants avant le coup d’envoi. Interrogé sur CNN, l’ancien attaquant anglais avait évoqué l’Espagne, la France et l’Angleterre comme candidats crédibles, avant d’ajouter, sans détour, que les Américains avaient « zéro chance » de remporter le titre – tout en leur concédant une possible qualification pour le tour suivant. Une position prudente, voire condescendante, mais largement partagée dans les milieux du football européen.
Deux victoires ont changé le registre. Un succès convaincant face au Paraguay sur le score de 4 à 1, suivi d’un net 2 à 0 contre l’Australie : les États-Unis affichent une solidité défensive, un milieu de terrain compétitif et un attaquant, Flo Balogun, capable de peser sur les défenses adverses. C’est suffisant pour faire évoluer l’analyse de certains observateurs, et pour nourrir les débats autour de rencontres comme Turquie – Paraguay dans les discussions de parieurs.
Wright, Ibrahimović : deux anciens joueurs, deux niveaux de confiance
Ian Wright, figure incontournable des plateaux britanniques, est le premier à revoir sa copie. L’ancien buteur d’Arsenal estime que les États-Unis ont les moyens d’atteindre les demi-finales. Son argumentaire est précis : une défense à quatre organisée, des milieux formés dans des championnats exigeants, et un avant-centre qui marque. Il ajoute une dimension souvent sous-estimée dans les analyses purement tactiques : la mobilisation populaire. « Une fois le match des Knicks terminé, tout le monde s’est mis à parler de la Coupe du Monde », a-t-il déclaré à FourFourTwo, pointant le basculement de l’attention d’un public américain habitué à partager son intérêt sportif entre de nombreuses disciplines. Une adhésion populaire tardive mais réelle peut, dans un tournoi à domicile, générer un élan difficile à contrer.
Zlatan Ibrahimović va plus loin. Le Suédois, dont les déclarations ont rarement été tempérées par l’excès de modestie, a affirmé sur FOX Sports que le pays avait « le peuple derrière lui », et qu’avec un tel soutien, « c’est difficile de vous battre ». Sans prononcer explicitement le mot, l’implication est claire : Ibrahimović croit en une victoire finale américaine. C’est la déclaration la plus audacieuse du moment sur ce tournoi, dans un contexte où les opérateurs comme Betway Côte d’Ivoire voient l’intérêt des parieurs africains grimper autour de cette Coupe du Monde.
Le football américain face à son rendez-vous historique
La vraie question que soulève ce débat dépasse les pronostics de studio. Les États-Unis co-organisent cette Coupe du Monde avec le Canada et le Mexique, et la compétition représente une opportunité structurelle pour le développement du football dans le pays. Une bonne performance de la sélection nationale est un levier de popularisation considérable : les résultats sportifs des équipes nationales ont historiquement pesé sur la progression de la pratique et de l’audience dans des marchés où le football était minoritaire. Le précédent de 1994, où les États-Unis avaient accueilli une Coupe du Monde avant que la MLS ne soit fondée l’année suivante, illustre ce lien entre visibilité et institutionnalisation. Un parcours jusqu’en demi-finale – ou au-delà – changerait durablement la perception du soccer dans l’espace médiatique américain, comme le montre déjà l’engouement décrit dans l’actualité du match États-Unis – Australie. Entre la prudence de Lineker et l’enthousiasme d’Ibrahimović, la vérité de ce tournoi est encore en train de s’écrire.